Sur la mauvaise piste

S'il y avait eu un carnet de bord pour l'équipe de l'hôtel le soir du 15 juillet, une des entrées aurait pu se distinguer légèrement des autres :

Un ingénieur de l’équipe Sky, fatigué et visiblement grognon, se traîne dimanche soir vers l’accueil du Novotel de Toulouse, poussant deux pneus de Jaguar. Suant légèrement de par ses efforts, il passe devant la réceptionniste étonnée, et entre dans l’ascenseur sans même lever les yeux de ses précieux pneus. Si vous l’aviez écouté attentivement, vous l’auriez entendu marmonner en continu en anglais, et mentionner fréquemment des punaises (quelles punaises, on n’en sait rien).

Rien ne saurait indiquer à qui cela s’adressait et de quelles punaises il s’agissait. Pour tout le monde, ces dernières 24 heures du Tour ont été dominées par ces clous de 20 mm de long et d’une pure cruauté. Je ne les verrai plus jamais du même œil. Nous nous sommes aperçu que quelque chose clochait en suivant l’étape en direct de l’hôtel de l’équipe. Scott (notre photographe de bord), Soren (notre chef), Dan (kiné et victime permanente des imitations à la Alan Partridge) et moi-même avions remarqué deux crevaisons en début de course – mais ces choses-là arrivent souvent, et nous n’y avons pas trop prêté attention. Trois minutes et 25 crevaisons plus tard, il était clair qu’il s’agissait plutôt de sabotage. Et bien sûr, là où vont les vélos, vont les voitures. Mais étonnamment, nous n’avons eu à changer qu’un seul pneu parmi toute la flotte. Les pneus de Jaguar sont un tout petit peu plus épais que les 20 mm de ces clous mortels, donc nous n’avons subi qu’une seule crevaison. Il m’a quand même fallu 4 heures pour retirer avec précision douze de ces maudits clous de sept pneus différents, et changer celui qui était à plat. Respect également pour mon compagnon de chambrée, Scott, qui n’a pas bronché au fait qu’il devait dormir à côté de deux pneus de rechange posés par terre, que j’avais pris avec moi dans la chambre au lieu de les ranger dans le bus de l’équipe, fermé à clé pour la nuit.

Apparemment, ce genre d’acte crapuleux n’a rien de nouveau et parmi de précédents incidents figurent le sabotage de vélos et même un enlèvement, en 1904 ! Il est impossible d’installer des barrières sur la totalité des 3500 km de routes ; c’est donc à la foule de se contrôler. Hier nous a rappelé que le cyclisme est l’un des sports les plus vulnérables au monde, et que cela sera toujours le cas. La réaction d’indignation face à cet incident a été poignante, et le peloton s’est vraiment serré les coudes dans cette épreuve. Bradley a été l’homme du moment en communiquant avec les autres coureurs pour qu’ils ralentissent et permettent aux victimes d’avoir la chance de rattraper le groupe principal. Un véritable geste de fair-play, et il a été émouvant de voir la façon dont les coureurs se sont protégés les uns les autres, même s’ils avaient la possibilité d’en tirer un certain avantage. On ne voit pas cela dans de nombreux sports. Cela a réellement changé la vision de Bradley dans les rangs de la presse française (bien souvent très patriotique) qui l’ont alors surnommé « Le Gentleman ».

Mais oublions les clous ; le Tour est à présent véritablement entré dans le sud de la France, et j’écris ces lignes alors que nous évoluons au milieu de paysages magnifiques sur la route de Toulouse. C’est comme si, en réponse au Tour de France, la nature flamboyait elle aussi de tons de jaune. On ne se lasse pas des tournesols en rangs d’oignons qui bordent les routes dans des champs à l’infini ; pas étonnant que le tournesol soit l’un des symboles non officiels du Tour de France. La cadence quotidienne des expériences inoubliables se poursuit également. Dimanche (avant les clous), nous avons été obligés de quitter l’autoroute en raison du trafic important et avons eu le plaisir de suivre la caravane publicitaire sur la route de la course pendant quelques kilomètres. La caravane est souvent oubliée par les commentateurs, mais c’est une véritable perle du Tour, qui arrose les spectateurs de merchandising, et attise les foules pour créer une ambiance de fête à l’arrivée des cyclistes. Ce sont des instants comme ceux-là qui permettent de garder le moral et vous donnent un regain d’énergie. Évidemment, je n’ai pas à me plaindre – je n’ai fait que 200 km ! C’est quelque chose que j’essaie de garder à l’esprit pour me souvenir que je ne suis pas le seul à être fatigué. Je vais m’arrêter là pour l’instant ; nous sommes la veille de notre jour de repos qui, comme son nom ne l’indique pas, ne sera sûrement pas de tout repos.

Suivez Martin sur Twitter @Teamsky_jaguar
Visitez notre page d’accueil : http://www.jaguar.com/be/fr/xf_sportbrake/